Année 2022

SC 629, Ambroise de Milan, Sur la mort de Théodose

Le 17 janvier 395, Théodose Ier (le Grand), seul empereur régnant, meurt subitement à Milan, à l’âge de cinquante ans à peine. Au mois de septembre précédent, à la bataille du Frigidus (la rivière Froide, en Slovénie actuelle), il a triomphé de l’usurpateur Eugène, artisan d’une « réaction païenne ». À cette date, longtemps tenue pour une charnière entre l’Antiquité et le Moyen Âge, le pouvoir impérial n’est pas pleinement assuré, d’autant que Théodose laisse deux fils, âgés seulement de dix-sept et dix ans : Arcadius et Honorius.
Lors des funérailles célébrées quarante jours plus tard, Ambroise de Milan, qui s’était entretenu peu avant avec l’empereur, se montre pleinement conscient de la gravité de la situation politique. Il invite tout d’abord les deux fils, Arcadius et Honorius, à continuer l’œuvre de leur père ; puis, faisant l’éloge des vertus chrétiennes, il prône la clémence et place, dans la bouche de Théodose, les paroles du Psaume 114, développant ensuite l’éloge de l’empereur défunt et concluant sur les retrouvailles célestes.
Cette oraison funèbre présente la particularité de contenir aussi un long développement narratif : la découverte à Jérusalem par Hélène, mère de Constantin, de la Croix et des clous de la Passion, puis leur présence sur le diadème, rappelant aux deux fils leurs devoirs – des recommandations dignes d’un « miroir des princes », dont la postérité se souviendra.

Yves-Marie Duval († 2007), professeur à l’Université de Paris-X Nanterre, spécialiste de Jérôme et d’Ambroise, n’ayant pu achever cette édition, c’est Benoît Gain, l’un de ses disciples et amis, professeur de langue et littérature latines à l’Université de Grenoble Alpes, qui a complété et mis à jour le dossier.

SC 626, Dadisho Qatraya, Commentaire sur le Paradis des Pères, tome I

Elle est étonnante, et presque entièrement inédite, cette grande œuvre, écrite en syriaque au VIIe siècle par un chrétien originaire d'une région à laquelle le Qatar doit son nom : Dadisho Qatraya. Surnommé "le Voyant", c'est un témoin important de la littérature ascétique et mystique de l'Église syro-orientale, alors en plein essor.

L'ouvrage ici édité est unique : c'est le seul commentaire continu, à l'époque ancienne, de cette collection d'apophtegmes des moines du désert d'Égypte transmise sous le titre de Paradis des Pères, qui est l'un des textes fondamentaux du monachisme chrétien. Adoptant le genre du dialogue, Dadisho y répond aux questions dans l'état originel du texte. Héritier des grands maîtres spirituels, tel Évagre le Pontique, chez qui il puise ses sources d'inspiration, il cite bon nombre de passages autrement perdus, notamment de Théodore de Mopsueste.

Ce volume, le premier des trois programmés, comporte l'introduction et la première des deux parties du texte, composée de 108 questions et réponses.

David Phillips, collaborateur de l'Institut orientaliste de Louvain (Louvain-la-Neuve, Belgique) et de la base de données de textes syriaques lemmatisés GREgORI, a publié plusieurs études sur les auteurs ascético-mystiques syriaques et sur les versions syriaques de la Bible.

 

SC 625, Hilaire de Poitiers, Commentaire sur les Psaumes (119-126)

Les Commentaires sur les Psaumes 119 à 126, composés par Hilaire au cours de son ministère épiscopal (vers 353-367), poursuivent l’itinéraire constitué par la troisième cinquantaine du Psautier : pour l’évêque de Poitiers, il ne s’agit plus de parler de conversion, comme dans la première cinquantaine, ni d’acquérir les vertus, comme dans la deuxième, mais d’envisager le royaume céleste dans la gloire.

 

Les huit psaumes ici commentés font partie des quinze « psaumes des montées » (Ps 119 à 133), accompagnant la montée des pèlerins juifs au Temple de Jérusalem. Dans son traité sur le Ps 119, dont le début sert de préface à ces « cantiques des degrés », Hilaire veut reconnaître en ce chiffre 15, décomposé en 7+8, le progrès et la montée de la Loi à l’Évangile, de l’Ancien au Nouveau Testament, de la terre au ciel, de cette vie à l’autre. Une montée conduisant, dans le traité sur le Ps 126, à la maison de Dieu, qui n’est pas la Jérusalem terrestre, mais le Temple spirituel des croyants : cette cité immatérielle, dont la construction ne peut se faire sans souffrance ni passage par la mort, rassemble toutes les nations et tous les âges.

 

Échos de la prédication de l’évêque de Poitiers sur ce livre central pour le christianisme, ces traités partagent une profonde expérience personnelle. Ils sont pour la première fois intégralement traduits en français.
 

Mgr Patrick Descourtieux travaille au service du Saint-Siège (Congrégation pour la Doctrine de la Foi) et enseigne à l’Institutum Patristicum Augustinianum (Rome). Il a publié dans Sources Chrétiennes les StromatesIII (SC 608), VI (SC 446) et le Quis dives salvetur (SC 537) de Clément d’Alexandrie ainsi que les tomes I (SC 515), II (SC 565), III (SC 603) et IV (SC 605) des Commentaires sur les Psaumes d’Hilaire de Poitiers.

SC 624, Cyrille d'Alexandrie, Contre Julien VIII-IX

Le Contre Julien de Cyrille d’Alexandrie († 444) est une réfutation monumentale de l’ouvrage de polémique antichrétienne rédigé par l’empereur Julien en 362-363. Ce traité, qu’il est d’usage d’appeler Contre les Galiléens, est conservé presque exclusivement par les citations qu’en donne Cyrille. Le livre VIII, très spécifique, ne réfute que trois fragments de Julien choisis de manière à présenter un traité dogmatique sur la Trinité et l’Incarnation. Selon Julien, Moïse et les prophètes n’ont pas annoncé Jésus, et le début de l’Évangile de Jean prouverait que les chrétiens croient en plusieurs dieux. Pour lui répondre, l’Alexandrin expose sa théologie trinitaire à partir de ses fondements scripturaires et grâce à une longue séquence de citations philosophiques – certaines ne sont transmises que par Cyrille – visant à établir que Platon, Numénius, Plotin, Porphyre et le Corpus hermétique ont eu connaissance de la Trinité. Pour le volet sur l’Incarnation, il cite le philosophe Amélius, qui aurait « su qu’un Verbe s’était fait homme ». Le livre IX poursuit l’exposé christologique avec l’exégèse de textes aussi mystérieux que célèbres : Genèse 6 sur l’union des « fils de Dieu » avec les filles des hommes, et Lévitique 16 sur le bouc émissaire. Contre Julien, pour qui le christianisme a trahi le judaïsme, il défend aussi, en citant encore Porphyre, la signification figurative de la Loi et sa valeur pour les chrétiens.

 

Marie-Odile Boulnois est Directrice d’études à l’École Pratique des Hautes Études (Patristique grecque et histoire des dogmes). Spécialiste de Cyrille d’Alexandrie, elle a publié Le paradoxe trinitaire chez Cyrille d’Alexandrie, Paris 1994. Elle a collaboré aux t. I et III des Lettres festales de Cyrille (SC 372 et 434) et a dirigé le Contre Julien III-V (SC 582).

 

Jean Bouffartigue, décédé en 2013, était Professeur émérite de grec à l’Université Paris X Nanterre. Spécialiste de l’empereur Julien, il a publié L’Empereur Julien et la culture de son temps, Paris 1992, et édité Porphyre, De l’abstinence I-II, CUF, 1977. Il a collaboré à l’Histoire ecclésiastique de Théodoret de Cyr (SC 501) et au Contre Julien III-V (SC 582).

SC 623, Nil d'Ancyre, Le Commentaire sur le Cantique.

Le Commentaire sur le Cantique de Nil d’Ancyre est le plus ancien commentaire grec complet de ce livre biblique qui soit transmis dans la langue originale. Alors que les autres commentaires conservés s’arrêtent avant la fin, celui-ci va jusqu’au bout du livre. Prenant la suite du tome I (SC 403), le présent volume offre précisément toute la fin du Commentaire, de Ct 4,2 à 8,14.

 

Composé au tournant des ive et ve siècles par un moine, l’ouvrage montre différents aspects de la vie spirituelle proprement monastique dans l’effort qui tend à l’union avec le divin. Du poème dramatique qu’est le Cantique des cantiques, l’exégèse nilienne fait une sorte de roman dont l’héroïne est une prostituée qui change de vie pour devenir digne de noces royales. Elle figure la vie de l’âme et ses divers mouvements. Le Cantique est une prophétie de l’union du Verbe de Dieu et de l’âme, telle qu’elle se réalise dans l’histoire du salut à travers la mort et la résurrection du Christ et comme la vivent les fidèles à travers la liturgie pascale et baptismale. Dans ces dernières pages, l’auteur figure l’âme unie au Verbe, jusque après la Résurrection, dans la lumière et la profusion paradisiaque de son Ascension.


Marie-Gabrielle Guérard, après une année de post-doc. à l’université de Harvard grâce à la Fondation Sachs, et une carrière d’enseignement à l’étranger, a passé ses vingt dernières années professionnelles comme ingénieur de recherches au CNRS, travaillant aux Sources Chrétiennes. Ses recherches personnelles sont consacrées à l’œuvre de Nil d’Ancyre et à l’exégèse ancienne du Cantique des cantiques.

SC 622, Athanase d'Alexandrie, Tome aux Antiochiens. Lettres à Rufinien, à Jovien et aux Africains. 

En 360, pour l’évêque d’Alexandrie, le salut des croyants est en jeu : « homéenne », la foi officielle de l’empire romain en 360 reconnaît au Christ une simple « ressemblance » avec le Père. Athanase tente donc de reconstruire l’unité de l’Église autour de la foi définie au concile de Nicée en 325, disant le Fils « consubstantiel » au Père. Après le synode d’Alexandrie qu’il convoque en 362, il écrit aux Antiochiens un « tome », c’est-à-dire une lettre officielle, alors que s’opposent à Antioche plusieurs tendances. Parmi les homéens modérés, Mélèce réunit un synode en 363 qui réinterprète le « consubstantiel » nicéen ; il en adresse le résultat à l’empereur Jovien, passant outre Athanase qui réagit en dénonçant cette interprétation dans sa Lettre à Jovien sur la foi.

 

Deux autres lettres complètent le dossier : la Lettre à Rufinien, sur la réintégration des clercs qui ont signé la formule de 360, et la Lettre aux Africains, rejetant les positions homéennes du synode de Rimini (359). En annexes sont aussi traduits plusieurs documents du dossier.

 

L’ensemble offre à voir comment le grand Alexandrin défend l’idée que « Nicée suffit », tout en faisant évoluer la foi trinitaire, en particulier sur le Saint-Esprit.

 

Annick Martin, professeur émérite d’histoire ancienne à l’Université de Rennes 2, est spécialiste d’Athanase, auquel elle a consacré plusieurs livres, dont Athanase d’Alexandrie et l’Église d’Égypte au IVe siècle (328-373), Rome 1996. Elle a déjà contribué dans la collection à deux volumes d’Athanase (SC 317, 563), ainsi qu’à l’Histoire ecclésiastique de Théodoret de Cyr (SC 501 et 530).

 

Xavier Morales est assistant à la Pontificia Universidad Católica de Santiago du Chili. Auteur d’une thèse sur la Théologie trinitaire d’Athanase d’Alexandrie (EAA 180, Paris 2006), dans la collection il a publié avec A. Martin la Lettre sur les synodes d’Athanase (SC 563).

SC 621, Hilaire de Poitiers, Les Synodes

Nous sommes à l’hiver 358-359. Hilaire, évêque de Poitiers, exilé en Orient pour sa résistance à l’arianisme, reçoit une demande des évêques occidentaux un peu perdus dans la multitude des synodes et des confessions de foi qui se sont succédé depuis quelques années. Il leur adresse en retour ce mémoire, en forme de lettre ouverte, où il fournit la documentation demandée (les principales confessions de foi émanées des synodes), avec ses explications et ses jugements, tantôt sévères et tantôt bienveillants.

 

En confessant le Fils « consubstantiel » au Père, après le concile de Nicée en 325, que veut-on dire ? Les sensibilités et opinions qui se croisent mettent en jeu la foi et l’union des Églises. Hilaire le sait, et connaît les risques de malentendus, et même de schisme, provoqués par le passage du grec au latin. Il s’efforce, dans ces pages souvent lumineuses et parfois subtiles, d’expliquer aux pasteurs latins les débats grecs et leurs enjeux, précisant pourquoi il faut accepter telle expression de la foi et refuser telle autre, et se défendant lui-même au besoin. Sa documentation précise et son acuité de jugement font de sa Lettre sur les synodes, ici offerte avec un nouveau texte critique et la première traduction française, une source précieuse pour les historiens et les théologiens.

 

Michael Durst, prêtre du diocèse de Cologne, a consacré sa thèse d’habilitation (Bonn, 1994) à cette oeuvre d’Hilaire. Professeur ordinaire d’Histoire de l’Église et de patrologie à la Theologische Hochschule de Coire (Suisse), il est spécialiste d’Hilaire et de l’histoire ancienne du diocèse de Coire.